Le conditionnement opérant (expériences de Thorndike et Skinner)

Cet article a pour but de présenter le concept de conditionnement opérant en l’illustrant par des expériences étonnantes réalisées sur le sujet. Nous verrons ensuite les enseignements que l’on peut en tirer. 

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Le conditionnement opérant

L’idée derrière le concept de conditionnement opérant est que la fréquence d’apparition de nos comportements est conditionnée par leurs conséquences. Autrement dit, il s’agit de notre tendance à reproduire les comportements ayant des conséquences positives et inversement, abandonner les conduites qui procurent des stimulations désagréables. Cette loi peut paraître évidente aujourd’hui, mais à l’époque les premières découvertes sur le sujet étaient une grande avancée.

 

La contribution de Edward Thorndike

Le psychologue américain  Edward Thorndike a été un précurseur dans le domaine du comportementalisme. Il est connu pour  ses recherches sur l’intelligence animale et la psychologie de l’éducation.

Dans l’une de ses expériences, il étudie le comportement des chats. Le procédé est simple, le psychologue enferme des félins dans une cage et il chronomètre le temps qu’ils mettent pour sortir. Pour s’échapper, les chats doivent appuyer sur un levier qui actionne l’ouverture d’une trappe.

Au départ, les animaux actionnent le mécanisme accidentellement. Ils sortent donc au bout d’un temps relativement long. Puis au fur et à mesure que l’expérience est reconduite, les chats gagnent en rapidité. Après une trentaine de tentatives, ils actionnent le levier et sortent de la cage en seulement quelques secondes.

Cette expérience illustre le conditionnement opérant → Tout comportement ayant des conséquences bénéfiques est susceptible de se reproduire et d’être assimilé.

 

Le goût de la récompense (Burrhus Frederic Skinner)

Influencé par le travail d’Edward Thorndike, Burrhus Frederic Skinner (un autre psychologue américain) a mis en place un autre système pour étudier le conditionnement opérant. Grâce à un dispositif de sa conception : la boîte de Skinner, il étudie le comportement des rats.

  • Lot 1 : Les animaux reçoivent de la nourriture lorsqu’ils actionnent le levier de la boîte. Le psychologue constate alors que les rats prennent l’habitude d’activer le mécanisme pour recevoir la récompense.
  • Lot 2 :  Les rats subissent un choc électrique lorsqu’ils actionnent le levier. Dans ce cas, on observe une diminution de la probabilité d’apparition du comportement. Les animaux cessent d’activer le mécanisme. 

Cette expérience montre une fois de plus que les comportements qui procurent des stimulations agréables, on tendance à se renforcer alors que les comportements aux conséquences négatives tendent à être abandonnés.

Conditionnement opérant et comportement humain

On peut noter que le phénomène s’observe dans le processus d’apprentissage des humains. Il peut expliquer un grand nombre de nos comportements et habitudes : Par exemple :

  • Le grignotage : Notre tendance à vouloir manger toute nourriture appétissante qui se trouve sur notre chemin. Au cours des siècles, nous avons assimilé que ce comportement est bénéfique. En grignotant, le corps emmagasine de l’énergie.
  • L’addiction aux jeux vidéo. Les jeux nous procurent des stimulations positives qui nous incitent à y rejouer notamment grâce aux systèmes de progression et récompenses.
  • La paresse. Notre tendance à préférer flemmarder sur le canapé plutôt que de travailler. Nous privilégions les comportements qui nous permettent d’économiser de l’énergie. C’est aussi pourquoi, on préfère éviter les activités qui demandent des efforts intenses …   
  • On évite aussi de reproduire les comportements qui nous ont procuré un sentiment négatif comme de la gêne, de la honte mais aussi ceux qui ont été à l’origine d’une douleur, comme mettre la main sur une plaque chauffante……

Tirer profit du conditionnement opérant

Dans son livre Atomic Habits, James Clear propose une manière intéressante de tirer profit du conditionnement opérant, notamment pour construire un solide système d’habitude. L’idée est d’associer une habitude que l’on souhaite mettre en place à un comportement qui amène une conséquence satisfaisante. Et au contraire, il faut associer les habitudes que l’on souhaite supprimer avec des comportements aux conséquences négatives. Voici quelques exemples :

  • Pour se remettre au sport plus facilement, on peut pratiquer une activité physique tout en regardant une série que l’on apprécie
  • Pour prendre l’habitude d’économiser de l’argent : on peut s’autoriser une dépense pour se faire plaisir, dès que l’on parvient à économiser un certain montant
  • Pour arrêter de fumer, on peut s’engager à donner de l’argent à un proche à chaque fois qu’il nous surprend entrain de fumer.

 

Conclusion

L’idée derrière le concept de conditionnement opérant est que la fréquence d’apparition de nos comportements est conditionnée par leurs conséquences. Nous avons tendance à renforcer les comportements qui procurent des stimulations positives et à abandonner les comportements qui ont des conséquences désagréables. 

Sources 

 

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Rudyard Kipling – Tu seras un homme mon fils (Poème : If)

Dans cet article, je partage le superbe poème intitulé If de Rudyard Kipling. C’est parti !

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Rudyard Kipling

Rudyard Kipling est un célèbre écrivain britannique ayant vécu à la fin du XXe siècle et début du XXIe. Il est connu pour ses ouvrages, tels que :

  • Le Livre de la jungle (1894)
  • La nouvelle intitulée L’Homme qui voulut être roi (1988)
  • Le poème, If (écrit en 1985, publié en 1910) 

Mon interprétation se base sur l’adaptation de l’œuvre faite par le romancier et essayiste français André Maurois publiée en 1918 dans son livre Les Silences du colonel Bramble. Le poème s’intitule : Tu seras un homme, mon fils

Poème

Tu seras un homme, mon fils

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie

Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,

Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties

Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,

Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,

Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,

Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles

Travesties par des gueux pour exciter des sots,

Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles

Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,

Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,

Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,

Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,

Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,

Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,

Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,

Si tu peux être brave et jamais imprudent,

Si tu sais être bon, si tu sais être sage,

Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite

Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,

Si tu peux conserver ton courage et ta tête

Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire

Seront à tout jamais tes esclaves soumis,

Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire

Tu seras un homme, mon fils.

 

Rudyard Kipling (Adaptation d’André Maurois)

Texte original en anglais

 

If

 

If you can keep your head when all about you

Are losing theirs and blaming it on you,

If you can trust yourself when all men doubt you,

But make allowance for their doubting too;

If you can wait and not be tired by waiting,

Or being lied about, don’t deal in lies,

Or being hated, don’t give way to hating,

And yet don’t look too good, nor talk too wise:

If you can dream – and not make dreams your master;

If you can think – and not make thoughts your aim;

If you can meet with Triumph and Disaster

And treat those two impostors just the same;

If you can bear to hear the truth you’ve spoken

Twisted by knaves to make a trap for fools,

Or watch the things you gave your life to, broken,

And stoop and build ’em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings

And risk it on one turn of pitch-and-toss,

And lose, and start again at your beginnings

And never breathe a word about your loss[es];

If you can force your heart and nerve and sinew

To serve your [or our] turn long after they are gone,

And so hold on [to it] when there is nothing in you

Except the Will which says to them: ‘Hold on!’

If you can talk with crowds and keep your virtue,

‘ Or walk with Kings – nor lose the common touch,

if neither foes nor loving friends can hurt you,

If all men count [on you,] with you, but none too much;

If you can fill the unforgiving minute

With sixty seconds’ worth of distance run,

Yours is the Earth and everything that’s in it,

And – which is more – you’ll be a Man, my son!

 

Rudyard Kipling

 

Sources :

Wikipedia : Rudyard Kipling – https://fr.wikipedia.org/wiki/Rudyard_Kipling

Wikipedia : Poème If (version anglaise) : https://en.wikipedia.org/wiki/If%E2%80%94

Wikipedia : Poème If (version française) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Si_(po%C3%A8me)

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L’effet Barnum – biais cognitif

Cet article a pour but de présenter un biais cognitif appelé l’effet Barnum.

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L’effet Barnum : biais cognitif

L’effet Barnum aussi appelé “effet Forer”, désigne un biais cognitif. Il s’agit de notre tendance à considérer des énoncés généraux sur la personnalité, généralement positifs, comme s’appliquant à soi.

L’expérience du psychologue Bertram Forer

En 1948, le psychologue américain Bertram Forer soumet ses étudiants à un test de personnalité. Après leur avoir fait compléter un questionnaire, il leur délivre à chacun une description de leur personnalité en se basant sur leurs réponses. Les sujets de l’étude sont alors invités à noter la pertinence de cette analyse sur une échelle de 0 (médiocre) à 5 (exactement conforme). Les résultats montrent que la majorité des élèves ont trouvé leur description fidèle à leur personnalité.

Alors que, l’exercice était truqué. Le psychologue remettait exactement la même description à chaque étudiant (sans s’appuyer sur leurs réponses au questionnaire). Voici un extrait de cette description :

“Vous avez besoin d’être aimé et admiré, et pourtant vous êtes critique avec vous-même. Vous avez certes des points faibles dans votre personnalité, mais vous savez généralement les compenser. Vous avez un potentiel considérable que vous n’avez pas encore utilisé à votre avantage. À l’extérieur vous êtes discipliné et vous savez vous contrôler, mais à l’intérieur vous tendez à être préoccupé et pas très sûr de vous-même.”

L’expérience a été reconduite plusieurs fois, notamment par les psychologues Henri Broch, I. W. Kelly ou  D. H. Dickson et les résultats observés furent similaires. En fait, ces études démontrent notre tendance à considérer des énoncés généraux sur la personnalité (généralement positifs) comme s’appliquant à soi. C’est ce que l’on appelle l’effet Barnum. 

Pour la petite histoire, ce biais cognitif se nomme ainsi en référence à l’homme de cirque Phineas Taylor Barnum. Ce dernier était réputé pour ses talents de manipulateur et sa technique de “lecture à froid”. Il parvenait à donner l’illusion de décrire parfaitement la personnalité d’un inconnu en débitant des généralités sur la personne en question.

 

Les applications de l’effet Barnum

On peut noter que ce biais cognitif est particulièrement exploité en astrologie, mentalisme ou  durant les exercices de voyance. Dans ces disciplines, les propos sont souvent très généraux et s’adaptent parfaitement à tout type de situations personnelles. On peut ainsi facilement se reconnaître dans leurs descriptions. Par exemple, l’horoscope du 14 mai dit :

« Le 11 mai 2021, la Nouvelle Lune en Taureau sera formelle. Elle demandera de s’engager sur des objectifs concrets. Elle aura l’avantage d’être généreuse pour conclure une affaire. Sa conjonction avec Uranus demandera de saisir la balle au bond pour profiter des opportunités qui se présenteront. Le 13 mai, Jupiter se glissera en Poissons et apportera son lot de rêves et d’espoirs pour se projeter dans l’avenir. Vénus chouchoutera les amoureux se promenant main dans la main sous un ciel bleu. « 

Pour aller un peu plus loin, ne pourrait-on pas également étendre cette pratique à la politique ? Lors des campagnes présidentielles, les candidats n’ont-ils pas intérêt à faire des discours généralistes, creux, qui tombent sous le sens afin que les citoyens s’identifient facilement à leur discours ?

“Je veux un esprit de conquête, avec des vraies réformes, des vrais changements, nous le ferons ensemble mes chers concitoyens. Mais nous le ferons en étant fidèles à ce que nous sommes. Nous avons toujours été un pays généreux, un pays ouvert, un pays qui a été la lumière du monde et pas le pays de l’obscurantisme.” *

*Extrait de la conclusion d’Emmanuel Macron lors du débat présidentiel de l’entre deux tours en 2017.

En résumé

L’effet Barnum est un biais cognitif. Il s’agit de notre tendance à considérer des énoncés généraux sur la personnalité, généralement positifs, comme s’appliquant à soi. 

Sources

Vidéos :

Article :

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Le bocal et les galets : Utiliser son temps sagement

Dans cet article, je voulais partager une leçon inspirante sur la gestion du temps extraite du livre Priorité aux priorités de Stephen Covey (lien affilié) en faisant un parallèle avec la manière de remplir un bocal. 

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Le bocal et les galets

Notre temps est précieux. Il faut l’utiliser avec sagesse. Pour s’en rendre compte, faisons un petit parallèle :

Commençons par remplir entièrement un bocal de galets. 

Même s’il semble plein, on peut encore le garnir en y ajoutant des gravillons

Là encore, l’espace n’est pas complètement saturé puisqu’on peut combler le vide par du sable.

Le point où je veux en venir est qu’il faut gérer son temps de la même manière que l’on remplit ce bocal.

Si on commence par le sable (les futilités de la vie), puis qu’on se concentre sur les gravillons (les affaires courantes) alors il n’y aura pas assez de place pour tous les galets  (c’est-à-dire les activités réellement importantes).

La clé pour avoir une vie pleinement remplie est de commencer par les choses qui comptent le plus.

Inspiré du livre Priorité aux priorités de Stephen Covey

Sources 

livre : Priorité aux priorités de Stephen Covey (lien affilié) : 

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Le principe 80/20 de Pareto

Cet article présente le principe 80/20 de Pareto et tente d’expliquer comment on peut en tirer profit pour gagner en productivité.

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Le principe 80/20 de Pareto

L’origine du principe

Le principe de Pareto est un phénomène de distributivité qui stipule qu’environ 80 % des effets sont le produit de 20 % des causes. 

A la fin du XIXe siècle, l’économiste italien Vilfredo Pareto analyse les données fiscales de plusieurs pays d’Europe (Angleterre, Russie, France, Suisse, Italie, Prusse). Il constate que la distribution des richesses suit les mêmes proportions : quel que soit les pays, une minorité de la population se partage la majorité des richesses. 

Dans les années 1950, le qualiticien américain Joseph Juran observe des distributions similaires dans le monde de l’entreprise :

  • 80 % du chiffre d’affaire est issu de 20 % des clients
  • 80 % des ventes sont réalisées grâce à 20 % des produits
  • 80 % des réclamations proviennent de 20 % des clients

La distributivité 80/20

On remarque que cette distribution 80/20 s’observe un peu partout dans la pratique.

  • Pour le constructeur aéronautique Airbus :
    • 81% des unités vendues sont des A320
    • 77% du chiffre d’affaire provient de la vente d’avions
  • Sur ma chaîne Youtube, seulement 7 vidéos sur plus de 80 engendrent 85% des vues.

En fait, dans de très nombreux cas, un grande partie d’un résultat provient d’une minorité de causes. Ce phénomène de distribution porte le nom de principe de Pareto ou loi 80/20 → environ 80 % des résultats sont produits par seulement 20% d’effort.

Tirer profit du principe de Pareto

Le principe de Pareto est un outil précieux si l’on essaye de maximiser sa valeur ajoutée. La clé est de chercher à réaliser les 20% d’effort qui produisent 80% du résultat. 

Exemple 1 – Apprendre l’anglais

Du fait que 1000 mots couvrent 90% du vocabulaire utilisé quotidiennement, il suffit d’apprendre cette petite fraction de mots pour être en mesure de comprendre la plupart des conversations.

Exemple 2 – Investir en bourse

En bourse, il existe plusieurs stratégies d’investissement. Une des meilleures approches consiste à acheter des titres d’entreprises sous-cotées ou en croissance. Cependant cette méthode demande du temps car elles nécessitent un gros travail d’analyse pour sélectionner les sociétés adéquates.

En parallèle, il existe une approche plus 80/20 qui consiste à investir dans des ETF. Cette méthode permet de répliquer la performance d’un marché ciblé avec un minimum d’effort. 

Exemple 3 – Dessiner

Le fait de réaliser un croquis avant de dessiner est aussi une action 80/20. Cela permet d’obtenir un visuel du rendu final en seulement quelques coups de crayons. Cette technique est notamment utilisée par les designers automobiles. Avant de réaliser la maquette du modèle sur ordinateur, ils définissent le design par l’intermédiaire de croquis rapides à la main plutôt que par des représentations très abouties –> 20% d’effort pour 80% du résultat.

Conclusion

Le principe de Pareto est une loi empirique de distributivité qui stipule qu’environ 80% d’un résultat est produit par 20% d’effort. On peut s’appuyer sur cette loi pour essayer de maximiser sa valeur ajoutée. La clé est d’identifier les actions qui engendrent de la plus grosse partie des résultats.

Sources

Vidéos :

Article :

Données diverses :

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Histoire inspirée du conte “Trois questions” de Léon Tolstoï

Dans cet article, je partage un conte inspirant intitulé “trois questions” paru dans le livre Dernières Paroles de Léon Tolstoï en 1905.

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Trois questions (Dernières Paroles) de Léon Tolstoï

Attention : Mon texte est une version remodelée du conte original 

 

Un roi en quête de savoir se posait trois questions :

  • Comment connaître le meilleur moment pour traiter chaque chose ?
  • Qui sont les gens les plus nécessaires ?
  • Quelle est la chose la plus importante au monde ?

Après avoir réfléchi, il fit savoir qu’il donnerait une grande récompense à celui qui lui apporterait ces réponses.

 

Des gens se pressèrent de tout le royaume pour l’aider. A la première question “comment connaître le meilleur moment pour traiter chaque chose ?”, il reçut diverses réponses : “Il faut établir un emploi du temps et le suivre strictement pour que chaque chose se fasse en son temps”, disaient certains. “On ne peut jamais décider à l’avance, mais il est important de ne pas se perdre dans des amusements stériles. Il faut rester attentif à ce qui arrive et faire ce qu’exige le moment”, répondaient d’autres. “On a beau être attentif à chaque moment, un seul homme ne peut jamais décider sûrement à quel moment il faut faire telle ou telle chose, donc il faut suivre le conseil d’hommes sages”, expliquaient les troisièmes.Il y a des affaires pour lesquelles il faut décider dans l’instant et on n’a pas le temps d’interroger des conseillers. Il faudrait donc savoir quoi faire à l’avance et pour ça, il faut interroger les mages”, disaient les derniers. Les réponses à la deuxième question “qui sont les gens les plus importants ?” furent toutes aussi variées. Certains disaient que les plus nécessaires aux rois sont ses aides dans le gouvernement. D’autres nommaient les prêtres, d’autres les médecins, les soldats expliquaient les quatrièmes. Pour la dernière question : “quelle est la chose la plus importante au monde ?” les gens répondirent : la science, l’art militaire ou encore l’adoration de Dieu… . 

Vu la diversité des réponses, le roi n’accepta aucune d’elles et ne récompensa personne. Afin d’avoir une réponse sûre à ces questions, il décida d’aller interroger un ermite, réputé pour sa sagesse. Cet ermite vivait dans la forêt, ne sortait jamais et ne recevait que des gens simples. Le roi s’habilla de vêtements modestes, partit à cheval et finit le trajet seul à pied. 

 

Quand le roi s’approcha de l’ermite, celui-ci était en train de travailler la terre. En apercevant le roi, le vieil homme le salua et aussitôt se remit au travail. L’ermite était maigre, faible et il soupirait lourdement au moment de l’effort. Le roi s’approcha de lui et lui dit :

  • “Je suis venu chez toi, sage ermite, pour te demander la réponse à trois questions : 
  • Comment connaître le meilleur moment pour traiter chaque chose ?
  • Qui sont les gens les plus nécessaires ?
  • Quelle est la chose la plus importante au monde ?”

L’ermite écouta le roi et ne répondit rien. Il cracha dans ses mains et se remit à remuer la terre.

  • “Tu es fatigué, dit le roi, donne-moi la pelle, je travaillerai pour toi.”

Le sage la lui donna et s’assit sur le sol.

Après avoir retourné deux massifs, le roi s’arrêta et répéta ses questions. Une fois de plus, l’ermite ne répondit rien. Le souverain continua donc à travailler.

Le temps s’écoulait et le soleil commençait déjà à se coucher derrière les arbres. Le roi, enfonçant la pelle dans la terre, dit :

  • “Je suis venu chez toi, homme sage, pour chercher la réponse à mes questions. Si tu ne peux pas me répondre, dis-le moi, je m’en irai.”

 

A ce moment, ils virent un homme se diriger vers eux. L’homme tenait ses mains contre son ventre et du sang semblait couler. Arrivant à leur niveau, il tomba à terre et gémit faiblement. Le roi et l’ermite aperçurent alors une large blessure sur son ventre. Ils lui portèrent assistance et parvinrent à arrêter l’hémorragie. Quand le blessé reprit connaissance  le soleil s’était couché. Le roi transporta l’homme dans l’habitation du sage et le posa sur une couche. Le blessé ferma les yeux et parut s’endormir. Le souverain fatigué s’endormit sur le seuil et dormit toute la nuit. Lorsqu’il se réveilla, l’homme blessé le fixait de ses yeux brillants.

  • “Pardonne moi, dit l’homme d’une voix faible
  • Je ne te connais pas et n’ai pas à te pardonner, dit le roi.
  • Tu ne me connais pas, mais moi, je te connais. Je suis ton ennemi, je voulais me venger de toi, parce que tu m’as volé mon bien. Ayant appris que tu venais seul chez l’ermite, j’étais venu te tuer. Je voulais t’attaquer à ton retour, mais je ne t’ai pas vu revenir. Quand je suis sorti de ma cachette pour savoir où tu étais, je suis tombé sur tes soldats qui m’ont reconnu et m’ont blessé. Je serais mort si tu ne m’avais pas aidé. Je voulais te tuer, et tu m’as sauvé la vie. Si maintenant je reste vivant, et si tu le veux, je te servirai comme l’esclave le plus fidèle, et j’ordonnerai à mes fils d’agir de même. Pardonne-moi.”

Le roi était heureux de s’être si facilement réconcilié avec un ennemi, et d’en avoir fait un allié. Non seulement il lui pardonna, mais il lui promit de lui rendre son bien.

 

Après avoir dit adieu au blessé, le roi sortit pour chercher l’ermite. Avant de partir, il voulait lui demander une dernière fois de répondre aux questions qu’il lui avait posées. Le roi s’approcha de lui et dit :

  • “Pour la dernière fois, homme sage, je te demande de répondre à mes questions.
  • Mais la réponse t’est déjà donnée, rétorqua l’ermite
  • Je ne comprends pas,  dit le roi.
  • Le sage reprit la parole et expliqua. Si, hier, tu n’avais pas eu pitié de ma faiblesse et n’avais pas remué pour moi ce massif, ton ennemi t’aurait attaqué. Alors le temps le plus opportun était quand tu remuais la terre. Moi j’étais l’homme le plus important et la chose la plus importante était de m’aider. Ensuite, quand l’homme blessé est apparu, la meilleure chose à faire était de le soigner. Si tu n’avais pas pansé sa blessure il serait mort sans se réconcilier avec toi. L’homme le plus important c’était lui. Finalement, le meilleur moment pour traiter chaque chose est l’immédiat car c’est le seul moment où nous sommes maîtres de nous-mêmes. La personne la plus importante est celle avec qui on partage ce moment. La chose la plus importante est de faire le bien”

 

Sources 

Texte original de Léon Tolstoï: https://fr.wikisource.org/wiki/Trois_Questions

 

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